Entre deux et trois ans, l’enfant rentre dans une phase d’opposition envers ses parents. Cela s’exprime par le non lorsque nous le sollicitons pour ranger ses jouets ou finir son assiette. Ces types de comportements sont souvent associés à des mouvements de caprices de la part de l’enfant. Or, la phase d’opposition est une phase nécessaire dans le développement de l’enfant. En effet, elle marque un tournant décisif vers l’accession à l’autonomie, et s’inscrit dans un processus de détachement envers les parents. Ces derniers doivent alors faire preuve d’autorité, car l’enfant a besoin de limites et d’explications à ces limites. Certes, cela reste très éprouvant pour des parents, car la phase d’opposition de l’enfant vient bousculer nos propres limites et notre propre capacité à être parent. Mais cela permet à l’enfant de se sentir protéger et de s’autonomiser dans de bonnes conditions.
Un enfant tyran, ou plutôt un enfant au lien tyrannique, est un enfant qui attend que ses parents satisfassent ses désirs. Sinon, il se met en colère, pousse des cris, devient violent ou casse des objets à la maison. Durant les moments de crises, l’enfant est sous l’emprise de la colère et de la violence qui l’habitent. Dès lors, il est hors de contrôle jusqu’à ce que ses parents se soumettent et obéissent à son désir. Pour éviter que la colère s’amplifie et que la situation s’envenime, les parents préfèrent céder. Fort de ce constat là, l’enfant au lien tyrannique va user des effets de sa colère sur ses parents et prendre le pouvoir à la maison.

L’enfant tyran : les signes qui alertent
Tout d’abord, précisons que les compétences parentales ne sont pas responsables de l’apparition des liens tyranniques d’un enfant avec ses parents. En effet, l’enfant qui montre des troubles de l’opposition avec provocation est avant tout un enfant qui souffre. Un enfant qui use de la violence pour se faire voir ou entendre est avant tout un enfant malade qu’il faut soigner. La plupart des troubles du comportement sont souvent liés à des événements qui sont survenus précocement et qui ont nécessité un surinvestissement parental. On peut citer par exemple des situations d’enfants adoptés, atteints de maladies chroniques ou de maladies dont le pronostic vital a été engagé.
D’autres facteurs de risques peuvent déclencher des troubles du comportement tels que les séparations parentales, les deuils ou le harcèlement scolaire. Autant de situations psycho-traumatisantes qui ont eu un impact dans la vie psychique de l’enfant et qui s’expriment aujourd’hui par excès de colère. L’ensemble de ces situations peut nous faire penser que le désir de l’enfant n’a pas été pris en compte, et que les événements traumatisants n’ont pas été suffisamment expliqués à l’enfant. Laissé seul face aux traumatismes, l’enfant a pu se sentir seul avec ses doutes et ses peurs. On peut penser que la colère exprimée par l’enfant est une manière d’évacuer, sur l’extérieur, un vécu de peur, voire de terreur, longtemps contenu en lui.
Quelles sont les conséquences d’un enfant tyrannique sur son entourage ?
Tout d’abord, la première personne qui subit ce type de comportement est l’enfant lui-même. En effet, l’enfant au lien tyrannique souffre de ne pas pouvoir gérer ses émotions. Il sait que son agressivité provoque chez les autres de la peur. Cela l’isole de ses pairs et ne lui permet pas de se socialiser. Parfois, son comportement va déclencher des disputes parentales ou encore des jalousies dans la fratrie : cette dernière peut être victime de violence et d’humiliation. La fratrie peut se sentir délaissée et leur désir tu. Parfois se sont les parents eux-mêmes qui renoncent à leur désir.
Ainsi, les parents font de moins en moins d’activités sur l’extérieur, évitent de se rendre chez des amis, ou d’en inviter, de peur que leur enfant fasse une crise à la moindre remarque jugée contraignante par l’enfant. Les parents qui ont des enfants au lien tyrannique se sentent démunis et seuls face à cette situation. D’ailleurs, ils ont des difficultés à pouvoir en parler avec des personnes sur l’extérieur. Ils craignent d’être jugés et de s’entendre dire qu’ils n’ont pas été assez sévères avec leur enfant. La plupart du temps, les comportements violents de l’enfant s’expriment seulement à la maison. Certains parents n’hésitent pas à interpeller les amis de leur enfant et restent stupéfaits quant à la manière dont ils décrivent leur enfant : gentil, drôle, serviable, etc. Ainsi, pour éviter toutes remarques, des parents décident de n’en parler à personne : cela reste un secret ! Malheureusement, une telle stratégie renforce le comportement de l’enfant au lien tyrannique. En effet, n’étant jamais soumis au regard des autres, il peut agir en toute impunité au sein de la famille.

Un enfant-tyran : quelles solutions ?
Pour stopper cela, certains parents vont tenter de répondre à la violence par la violence. Ainsi, ils veulent montrer à l’enfant qui est le plus fort. Mais cela ne fonctionne pas, car l’enfant au lien tyrannique mettra constamment au défi toute personne susceptible de l’empêcher à réaliser son désir. D’autre part, la violence psychique et physique sur un enfant est interdite par la loi ! D’autres vont répondre par la punition et la sanction systématique. Mais face au refus d’obtempérer de l’enfant, les parents s’épuisent, abandonnent et baissent les bras.
Des parents vont tenter de reprendre leur autorité par trop de justifications. Or, un enfant en crise n’est pas en capacité d’entendre dans l’instant présent. En effet, envahi par le stress, l’enfant ne désire qu’une chose : que son angoisse qui le pousse à être violent cesse ! Le “trop dire” engendre sur lui une surexcitation qui l’entraîne à repousser son interlocuteur ou à s’isoler. De tels comportements sont mis en place pour éviter que l’enfant devienne violent envers son parent. Il est donc important de respecter les “défenses” mises en place par votre enfant pour éviter une escalade de la violence.
Comment savoir si son enfant est un tyran ?
Comme nous l’avons indiqué, les symptômes se manifestent par de l’agressivité, de l’impulsivité, de l’opposition et / ou de la provocation. Certains des jeunes dits tyranniques ont des rituels qui leur permettent d’apaiser leur angoisse et qui les aident à se sentir en sécurité. Cela impose aux parents, et aux professionnels, d’aménager leur quotidien pour éviter toutes crises du jeune. Donc, si votre enfant est bagarreur, réticent aux apprentissages ou qu’il est capable de faire une crise de manière disproportionnée, alors n’hésitez pas à en parler à votre médecin traitant qui saura vous orienter vers les professionnels compétents.
L’autre manière de savoir si votre enfant à des liens tyranniques, est de repérer chez vous, d’une part, si vous avez peur de votre enfant, ou de ce que vous pourriez lui faire en cas d’escalade de la violence, d’autre part, si vous avez renoncé à des activités pour éviter toutes crises dans la sphère familiale ou public. Les parents ont tendance à penser que la crise va se passer, ou alors que l’enfant a le même tempérament de son père ou de sa mère. Malheureusement, les crises ne passent pas, et l’estime des parents est affectée car ils se sentent impuissant devant la souffrance de leur enfant.

Comment aider un enfant avec un lien tyrannique ?
Tout d’abord, il est important d’en parler à son médecin traitant. Cela cessera le poids du secret de la situation et vous permettra de sortir de l’isolement. Le médecin vous adressera auprès de professionnels compétents. Ces derniers vous accompagneront à restaurer votre autorité et la confiance en votre enfant. Il n’y a pas de honte à faire appel à des professionnels capables de prendre le relais. Parfois, il est nécessaire que l’enfant et sa famille puissent trouver un tiers en situation de crise. Parfois, un placement en famille d’accueil peut advenir pour permettre aux parents et à l’enfant de se poser et mettre de la distance. Un placement permettra aussi d’éviter une escalade de la violence pouvant entraîner de la maltraitance sur les enfants.
Il est également conseillé de suivre une thérapie familiale pour que chaque membre de la famille puisse exprimer son vécu émotionnel. La thérapie familiale permet de prendre en compte le noyau dans lequel a évolué l’enfant et de comprendre la raison pour laquelle l’enfant a choisi la voie de la violence pour apaiser ses angoisses et se sentir exister.
Quelques conseils aux parents d’enfants tyrans par Marcel Rufo
Durant la conférence où Marcel Rufo présente son livre Qui Commande Ici ?, le pédopsychiatre donne quelques conseils aux parents d’enfants aux liens tyranniques.
FAQ
L’expression “enfant tyran” décrit un profil d’enfant qui cherche à imposer sa volonté par des crises, un refus répété des limites et une exigence de contrôle dans la vie familiale. On observe souvent des colères fréquentes, un rapport conflictuel aux règles et une grande difficulté à tolérer la frustration. Ce n’est pas un diagnostic médical, mais un ensemble de comportements qui peuvent traduire des besoins non exprimés, des émotions débordantes ou des interactions familiales en tension. Un accompagnement psychologique permet de comprendre ce qui se joue, de reposer un cadre sécurisant et d’installer des réponses éducatives cohérentes et soutenantes pour l’enfant… et ses parents.
Plusieurs signaux peuvent inviter à consulter : crises intenses et répétées, insultes ou menaces, refus systématique des consignes, conflits quotidiens à la maison, opposition à l’école, troubles du sommeil, anxiété, somatisations (maux de ventre, maux de tête), isolement ou agressivité avec les pairs. Ce qui alerte surtout, c’est l’impact sur la vie familiale (épuisement parental, fratrie en souffrance), la durée des difficultés et leur intensité. Si vous avez le sentiment que “rien ne fonctionne plus”, qu’un cycle confrontation – culpabilité s’installe, une évaluation par un psychologue peut vous aider à retrouver des repères concrets.
Oui. L’accompagnement vise à décrypter les comportements, à identifier les déclencheurs (stress, transitions, règles floues, attentes irréalistes) et à mettre en place des outils : routines, consignes positives, renforcement des comportements adaptés, gestion des émotions, médiations familiales. Selon l’âge, on travaille en entretiens parent(s)-enfant, parfois avec des temps séparés. Le psychologue accompagne aussi les parents pour ajuster le cadre et les réactions au quotidien, afin de réduire l’escalade et restaurer un climat apaisé. Quand nécessaire, il coordonne avec l’école ou le médecin pour un suivi global.
Consultez si les conflits deviennent quotidiens, si l’enfant est en souffrance (angoisse, tristesse, isolement) ou si la situation dégrade la vie familiale. Une règle simple : si, depuis plusieurs semaines, vos tentatives (chartes, punitions, négociations) n’apportent pas d’amélioration, c’est le bon moment. Plus l’on intervient tôt, plus il est facile de recaler des routines et d’éviter que les interactions ne se rigidifient. La première rencontre sert à poser le contexte, prioriser 2–3 objectifs et proposer un plan d’accompagnement progressif.
Au sein de mon cabinet de Bourg‑en‑Bresse, la première séance est une évaluation clinique avec les parents (et/ou l’enfant selon l’âge) : histoire de la situation, forces de l’enfant, moments difficiles, attentes. Ensuite, nous convenons d’un plan d’accompagnement, combinant : temps avec l’enfant (jeu, expression émotionnelle, compétences sociales), guidance parentale (outils concrets à la maison) et, si besoin, échanges avec l’école. Chaque séance se conclut par 1–2 actions pragmatiques à tester d’ici la prochaine rencontre. L’objectif : des améliorations observables dans la vraie vie.
Le psychologue est formé à l’évaluation et à la psychothérapie (entretiens, tests, approches éducatives/émotionnelles). Il n’est pas médecin et ne prescrit pas de médicaments. Le pédopsychiatre est un médecin spécialisé en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ; il peut poser un diagnostic médical, prescrire des examens/traitements et travaille souvent en articulation avec les psychologues. Dans la plupart des situations de comportements oppositionnels ou de conflits familiaux, commencer par un psychologue est pertinent ; le recours au pédopsychiatre se fait si une évaluation médicale s’avère nécessaire.
Vous pouvez réserver une séance directement en m’appelant au 0623207307 ou passer par WhatsApp pour un premier échange. Nous fixons un rendez‑vous pour faire le point, définir vos priorités et lancer un accompagnement adapté à l’âge de votre enfant et à votre organisation familiale. Les créneaux sont pensés pour limiter l’attente.


