La santé mentale des jeunes en milieu scolaire : qu’en est-il ?
En 2024, l’organisme EnCLASS a publié les résultats d’une enquête sur la santé mentale des élèves du second degré sur la période 2018-2022. Les élèves ont répondu à des questions relatives à leurs habitudes de vie, leurs études et leur consommation de produits. A travers les réponses données, Il en ressort que les collégiens et les lycéens ont connu une dégradation de leur santé mentale et de leur bien-être, plus marqué chez les filles.
Dans le cadre de cette enquête, la majorité des élèves ont exprimé se sentir en bonne santé et satisfaits de leur vie actuelle. Mais, plus de la moitié des collégiens et des lycéens se sont plaints d’affections somatiques et/ou psychologiques récurrentes. Certains déclarent des pensées suicidaires et d’autres avoir déjà fait des tentatives de suicides.
Le facteur scolaire est une composante de la souffrance des jeunes. On peut y ajouter d’autres facteurs En effet, d’autres facteurs tels que l’environnement familial, social ou la présence de troubles psychiques ou psychiatriques qui peuvent conduire un élève à la dépression, aux conduites addictives, à se faire du mal et/ou parfois à se suicider.
L’adolescence : vivre ou survivre !
La période de l’adolescence connaît des changements majeurs tant sur le point physique que psycho-affectif. Et cela peut entraîner des symptômes de maladie psychique tels que l’isolement ou le repli. L’adolescence marque le passage du corps de l’enfance à celui de l’adulte. Un passage qui a des effets sur le regard porté sur soi et celui des autres. De plus, c’est à l’adolescence que le sujet à l’occasion d’exprimer et de régler les difficultés de son enfance qui n’ont pas pu être soignées, élaborées ou pansées.
L’ensemble de ces facteurs laissent les parents, les amis et/ou le corps professoral parfois bien impuissant pour agir. En effet, tout le monde n’est pas formé à voir, entendre et accueillir la souffrance d’un jeune : même si c’est son propre enfant ou son meilleur ami. Combien d’enfants, d’adolescents, se sont sentis seuls face à des situations de harcèlement scolaire ou de maltraitance dans leur environnement social et familial ? Il y a ceux qui n’ont pas osé dire, et ceux qui n’ont pas voulu voir.
Intervention du psychologue : accompagner les équipes à la prévention de la souffrance des jeunes.
C’est en tant que psychologue clinicien, que j’ai participé au dispositif La santé mentale des jeunes en milieu scolaire. Je suis intervenu auprès des professionnels éducatifs, et pédagogiques, qui exercent au sein d’un Établissement d’Enseignement Adapté. Ce dernier accueille des élèves en difficultés scolaires et/ou en situation de handicap. Certains élèves souffrent psychologiquement. et cela peut s’exprimer à travers des troubles de l’apprentissage, du comportement, de l’anxiété et/ou un état dépressif.
L’objectif était d’accompagner les équipes pédagogiques et éducatives dans la prévention des souffrances psychiques chez les élèves ; d’une part en les aidant à élaborer autour de leurs pratiques professionnelles, et d’autre part en améliorant le repérage et l’accompagnement des élèves dans le cadre du protocole Santé Mentale.
Mon intervention venait en complément d’une politique de prévention de la santé mentale des élèves. Chaque établissement doit se doter d’un protocole qui réunit l’ensemble de la communauté éducative et fait de la question de la santé mentale un objet de travail commun. Il formalise le rôle de chacun en fonction de son domaine d’expertise pour organiser l’action du repérage à la prise en charge des élèves en situation de souffrance psychique. Il précise également le circuit de communication, notamment envers les familles, et les règles de confidentialité.
Pour ce faire, je me suis appuyé sur la mise en place de groupes de parole où chacun amenait des situations vécues comme difficiles, culpabilisantes, voire violentes dans le lien avec l’élève.
J’ai rencontré deux équipes : les enseignants et les assistants éducatifs. Chaque groupe a bénéficié de cinq séances de deux heures chacune. Au cours de ces rencontres, les professionnels ont évoqué leurs sentiments d’impuissance, de culpabilité et de questionnement face à certains comportements d’élèves dont ils ont la responsabilité. Des comportements dont certains professionnels attendaient des solutions là où parfois il n’y en avait pas. Face à des élèves en grande souffrance l’heure n’est parfois pas à la solution, mais à l’écoute et à l’accueil d’une souffrance singulière qui traverse l’élève.
Certains professionnels ont eu la possibilité d’apporter des situations cliniques pour en discuter et échanger sur les limites de leur intervention. Sur un mode parfois défensif, on pouvait entendre lors des jeux de rôle par exemple : ce n’est pas à moi de lui poser telles ou telles questions ou je ne me sens pas légitime, ou ma place pour dire ceci ou cela, reléguant à l’autre (médecin, infirmier, psychologue) la responsabilité de poser des questions.
L’objectif était alors d’accompagner les professionnels à repérer, chez un jeune, la part souffrante qu’il déposait au sein de l’établissement scolaire pour ensuite en échanger avec lui et le cas échéant, orienter le jeune vers des professionnels du social et/ou du médico social. Dans le cadre de ses rencontres, l’accompagnement était d’aider les professionnels à évaluer si un jeune présentait des symptômes de troubles psychiques ou s’il traversait une période de transformation normale pour son âge et d’avoir une meilleure compréhension des enjeux pour l’élève en pleine période d’adolescence.
Que faire face à un jeune qui souffre ?
- L’écouter et tenter de comprendre ce dont il souffre
- En cas de crise, ne pas hésiter à faire intervenir un membre de la famille proche en qui votre enfant à confiance.
- Ne pas dramatiser les propos de votre enfant car ce dernier, même ado, veut se rassurer dans la manière dont son environnement familial se préoccupe de lui : n’oublie pas que l’adolescent est un adulte en devenir mais qu’il reste en plein construction psycho affective avec des besoins de marques d’amour et d’affection de ses proches.
- Parents, faites vous aider par des professionnels car souvent les jeunes et les ados réagissent de façon négative à l’ambiance dans le giron familial : divorce, séparation, déménagement, famille recomposée, etc. Se sont autant d’éléments qui peuvent déclencher des troubles psychiques tels que l’anxiété ou les troubles des conduites alimentaires.
- Parlez-en à votre médecin traitant qui saura orienter votre jeune vers une prise en charge adaptée à ses besoins. Et le cas échéant prescrire un traitement pour apaiser les symptômes invalidants.
- Accompagner votre enfant auprès d’un psychologue pour l’aider à mettre des mots sur sa souffrance et l’amener à trouver les raisons qui le poussent parfois à se faire du mal.
La santé mentale est souvent impactée par les troubles psychiques dès l’apparition de l’adolescence. Cela se traduit par des troubles de l’anxiété, des conduites alimentaires ou encore des troubles psychotiques par exemple.Ces derniers ont des effets sur les études mais également sur notre rapport au monde et à soi, ou du moins à l’image que nous avons de soi.
Il est important de prendre appui sur les professionnels pédagogique et éducatifs pour suivre l’évolution de votre enfant dans son milieu scolaire et faire le point régulièrement afin de montrer aux jeunes que nous sommes en lien pour le soutenir dans le moment difficile qu’il traverse. Les professionnels scolaires et éducatifs en milieu scolaire sont la colonne vertébrale de l’enseignement et ils ne manquent pas de compléter ou d’affirmer l’éducation sociale et le respect du vivre ensemble.